Le plan cadastral de 1812 nous montre un
espace bâti sur une étroite bande de terre (600 rn de
long, 80 de large environ) entre la ville basse et la rivière.
Jusqu'à la Révolution, il correspondait aux
paroisses de Gourdaine, de Saint-Hilaire et, pour partie de
Saint-Benoit.
Enserré entre l'enceinte galloromaine d'une part,
l'enceinte médiévale et la rivière d'autre part,
ce quartier communique difficilement avec l'extérieur.
La première enceinte ne peut être franchie qu'à
deux endroits (Grande-Poterne et escalier des Pans-de-Gorrons).
Avant l'ouverture du Pont Napoléon en 1811 (actuel pont
Gambetta) deux ponts seulement permettent de traverser la Sarthe, le
pont Perrin (appelé aussi Saint-Jean) et le Pont Yssoir.
Les communications avec les quartiers de la
rive droite se font donc par la rue Dorée et la rue du Pont
Perrin ou celle de la Tannerie.
La rue Gourdaine prolongée par le chemin de l'Enfer est avec la
rue du Tertre-Saint- Vincent (actuellement rue du
Tertre-Saint-Laurent), la seule voie de communication avec Coulaines et
Saint-Pavace avant l'ouverture de la rue de Ballon en 1838 (actuelle
rue Delagenière). La rue du Tertre-Maigret n'est accessible
qu'aux piétons.L'activité économique y est pour
une large part dépendante de la rivière malgré la
présence de l'enceinte médiévale qui en rend
difficile l'accès.
Trois séries de moulins sont implantés au travers de la
rivière (moulins Saint-Jean, de Gourdaine, de Saint-Gervais).
Leur production est variée (moulins à farine,
à chanvre, à tan, à trèfle à huile)
; en 1847,
un corroyeur, deux tanneurs, un mégissier , un teinturier sont
propriétaires rue de la Tannerie, et trois buandiers rue de la Fontaine-Abel.
En
1784 la paroisse de Gourdaine
comptait 1045 h., celle de Saint-Hilaire 4612.
Si l'on compare ces chiffres à ceux de la population
assistée à la veille de la Révolution, soient
respectivement 558 et 143, on mesure le degré de
misère qui y régnait alors.
En 1831, Pesche3 écrit à propos de la rue de Gourdaine
:"cette rue, l'une des plus anciennes du Mans, dont toutes les maisons
ne sont en quelque sorte qu'un amas de bois, de murs humides et de
torchis, habitées par la plus misérable population de la
ville.
Le nom de Gourdaine donné génériquement aux
différentes rues de ce quartier est l'équivalent, sous
tous les rapports de ceux du quartier de la place Maubert à
Paris, et du quartier Saint-Gilles à Londres, dont toute
l'Europe connait la signification.
Aux odeurs nauséabondes dues au traitement des peaux s'ajoutent
celles dégagées par les eaux de la rivière
pendant la saison du rouis sage du chanvre.
Les églises de Gourdaine,
Saint-Hilaire, Saint-Pavin-des-Champs, Saint-Pavin des Champs deviennent
centres paroissiaux à la fin du XI siècle. D'autres
bourgs se développent également à partir du XI'
siècle, tels Saint-Nicolas, Saint-Benoît et le bourg des
Tanneurs coincé entre la Sarthe et la muraille, où
l'humidité favorise le travail des peaux. Leur origine est mal
connue. Le comte du Maine ordonne de protéger d'une muraille les
bourgs des Tanneurs et de Saint-Benoît.
Un
mégissier: Artisan qui prépare et blanchit les
peaux.
Un buandier:
Celui, celle qui lave le linge.
Un corroyeur: Celui
qui corroie le cuir, qui l'assouplit après le tannage.