L'église de la paroisse du Grand St-Pierre , et de la collégiale de S-Pierre de la Cour , encore subsistante , est une vaste nef
sans ailes , ayant son entrée occidentale du coté S. O. de la
place du marché S-Pierre , à côté de la rue S.-Flaceau , et longeant au S. O. , le haut de la rue des Bas-Fossés-Saint-Pierre. On croit que ce fut le comte du Maine Hugues I.
qui fit bâtir cette église , en 969, sous le pontificat de l'évéque Sigefroy, afin d'y placer les reliques de Ste-Scholastîque apportées au Mans vers le milieu du 7° siècle.
On peut croire que ce ne fut qu'une première réédification, s'il est vrai qu'elle eut été brûlée par les Normands, dont les irruptions jusqu'au Mans eurent lieu dans le 9° siècle.
Détruite de nouveau, à une époque que les chroniqueurs n'indiquent pas , elle fut reconstruite en 1098, par les soins du comte Hélie de la Flèche ;
une troisième fois, en 1175, par Henri II roi d'Angleterre et comte du Maine ; et , enfin , une quatrième , par la reîne Berengère, qui donna à cet effet, aux chanoines île la collégiale
qui y était établie , le revenu de la première année de chacune les prébendes de leur chapitre , don que renouvela la comtesse Marguerite, fille de Charles il d'Anjou ,
en 1288. — En 1510 , Philippe de Luxembourg , alors évéque du Mans , fit don à cette église d'une riche châsse , sur laquelle étaient ses armes , pour la conservation des reliques de
Ste-Scholastiqae ; et, en 1562, l'église de S.-Pierre fut pillée par les calvinistes , qui ne purent s'emparer de la châsse dont il vient d'être parlé , les chanoines l'ayant mise en
sûreté. — En 1737 le chapitre fit démolir le jubé de cette église et déplacer le chœur, qu'il fit fermer d'une belle grille en fer , pour y construire un autel à la romaine avec quelques
autres embellissemens.
L'église de S.-Pierre, dans son état actuel , se compose de deux parties , l'une inférieure , qui semble une église souterraine et se trouve néanmoins au niveau du sol de la rue des Bas-Fossés et la supérieure ,
ou l'église proprement dite, qui se trouve au niveau de la place de son nom. Elle se distingue aussi en deux genres de constructions,
sous le rapport des sliles et des époques : la partie à l'ouest , très- intéressante pour les antiquaires , à cause de la muraille du côté méridional , en petites pierres carrées et à assises ou chaînes de briques ,
dans sa partie intérieure , à cinq croisées à plein-cintre, paraissant être tout à fait de construction romaine. La partie orientale au contraire, semble appartenir au gothique primitif, quant aux ouvertures
semi- ogives de l'église inférieure , et d'une date plus reculée pour la supérieure , paraissant se rapporter à l'époque des augmentations faites par la reine Berengère , par son style trèfle ,
à quatre feuilles , etc.
On remarque aussi , dans une portion de muraille à l'ouest, dans la rue des Bas-Fossés, faisant équerre avec celle de construction romaine ,
des enfoncemens ou fausses ouvertures semi - ogives, comme celles de l'église inférieure , qui semblent annoncer l'existence de parties accessoires
qui ont disparu. Le portail occidental , s'ouvrant sur la place du Grand-S.-Pierre , paraît avoir été reconstruit à une époque bien antérieure au reste de l'édifice ,
puisqu'on y observait les trois ordres d'architecture classique ionique, corinthien et composite, dont le second seul subsiste actuellement.
Dans l'intérieur se remarquent différentes épitaphes , gravées en lettres gothiques , incrustées dans les murs latéraux et fort difficiles à lire actuellement , notamment celle de Christophe
Perrot, sénéchal d'Anjou et du Maine, décédé en 1554, dont le tombeau placé dans le chœur fut détruit , lors des embellissemens faits en 1737.
En 1746, cette église servit de caserne à des suisses envoyés au Mans comme prisonniers de guerre , au grand scandale de l'évêque Ch. de Froulai,
alors à Paris , fort courroucé qu'on eut ainsi logé des hérétiques dans le lieu saint. Après avoir servi d'arsenal pendant la révolution,
l'administration fait des dispositions pour placer l'école communale d'enseignement mutuel dans l'église inférieure , et se propose de faire plus tard , de la supérieure ,
une seconde école , soit d'enseignement mutuel . soit de dessin linéaire.
Les bibliothèques remarquables qui existaient avant la révolution dans la paroisse du Grand- S.-Pierre , étaient : celles des religieux Jacobins , fondue dans la bibliothèque départementale
actuelle; de M. Samson de Lorchère , de M. Chesneau de la Drouerie , doyen du chapitre de S.-Pierre , et de M. Pichon , chantre de la môme collégiale.
Extrait du Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, suivi d'une biographie et d'une bibliographie
De Julien Rémy Pesche.