L'ancienne abbaye de Saint-Vincent s'élève au sommet de la colline sur les pentes de laquelle s'étage le Vieux-Mans,
à 350 mètres environ au nord-est de l'ancienne porte de ville dite Porte du Château.
Elle avait été primitivement fondée en 572 par l'évêque saint Domnole* Relevée et reconstruite vers 832 par saint Aldric*,elle fut de nouveau restaurée, entre 1035 et 1055, par l'évêque Gervais de Château-du.Loir.
Depuis le XIe siècle jusqu'en 1789, elle a été, comme celle de la Couture, l'une des grandes abbayes bénédictines de France, l'une des gloires du diocèse du Mans.
Caserne sous la Révolution, Séminaire diocésain au siècle dernier, elle est à la veille de devenir un Asile départemental de vieillards, et cette nouvelle affectation va forcément entraÎner de nombreuses modifications.
Enfin, un premier enclos, planté en jardins et circonscrit dans une enceinte de murailles, s'étendait autour de ces deux principaux groupes de bâtiments qui, dans l'ensemble, dessinaient deux carrés contigus.
La grande porte d'entrée, nous l'avons dit, existe toujours. Flanquée de deux contreforts peu saillants et amortie par une double voussure en arc brisé, elle s'ouvre à l'extrémité d’un vieux bâtiment dont quatre fenêtres hautes sont encore garnies de leurs anciennes grilles.
Cette porte d'entrée, bien intéressante avec son portail à grosses têtes de clous, surmonté de deux blasons accolés et de feuillages sculptés, n'a pas changé depuis plusieurs siècles. Elle est restée telle qu'elle était en 1643. De même, l'ancien logis abbatial,
dont le vieux bâtiment ci dessus forme l'arrière sur la rue, est resté debout.
Sa façade principale, sur la cour de l'Hôtellerie, semble dater de la fin du XVe siècle ou du début XVI e coupée en son milieu par une tourelle d'escalier à pans, elle est percée de larges fenêtres qui ont dû perdre leurs meneaux.
Déjà abandonné comme logis abbatial, ce bâtiment contenait, en 1643, au-dessus de la boulangerie, l'école de philosophie Il et une infirmerie. Bien qu'ancien lui aussi, le bâtiment situé à gauche du porche d'entrée, est sans intérêt.
Loué à des particuliers avant la Révolution, s'il faut en croire l'abbé Tournesac, il est actuellement dans l'état de dégradation le plus complet. Moins heureuse encore, l'église abbatiale de Saint- Vincent a totalement disparu en 1806.
Jusqu'ici, elle n'est connue que par les vues générales ci-jointes, les souvenirs de quelques contemporains, un plan de l'abbaye dressé pendant la Révolution et un croquis de M. Tournesac.
Dans ses parties les plus anciennes au moins, l'église abbatiale de Saint- Vincent devait remonter au temps d'Avesgaud (995-1032) et de Gervais de Château-du-Loir (1035-1055).
Elle remplaçait deux premiers édifices successivement disparus la basilique primitive de 572, dédiée par saint Germain, évêque de Paris, aux saints martyrs Laurent et Vincent, et l'église rebâtie au IXe siècle par saint Aldric.
Oeuvre importante de l'architecture romane, l'église de Saint- Vincent ressemblait beaucoup, dit Pesche, à celle de la Couture, et, d'après le croquis Tournesac, l'abside comptait également cinq chapelles rayonnantes, mais la nef avait en plus des bas-côtés.
Le dessin que nous a conservé l'album Ruillé d'une colonnette et d'un fragment d'encadrement de fenêtres, rue de l’Abbaye, suffit pour montrer la richesse de l'ornementation romane de Saint- Vincent.
D'après le plan de la Révolution qui donne pour la première fois avec quelque précision le tracé et les dimensions de l'édifice, l'ancienne église abbatiale était très grande: elle comptait trente-six toises, soit environ 70 mètres de longueur, et la nef neuf toises, soit 17 mètres 46 de largeur.
La déviation de l'axe du chœur paraît sur le plan original assez accentuée. Les deux croisillons du transept, d'une longueur égale de sept toises (13 m 58), n'avaient pas la même largeur, dix toises (19 m 40) celui du nord, huit toises (15 m 52) celui du midi, ce qui rend difficile de saisir la disposition de la voûte du carré.Quant au chevet,
il apparaît fort irrégulier, avec les indices évidents de remaniements postérieurs à l'époque romane.
Malgré une déformation qui peut provenir du peu d'habileté et de soin avec lesquels les hommes de la Révolution traçaient sou: vent le plan des églises,trop compliqué pour eux, il semble qu'on reconnaisse les traces de deux des cinq absidioles rayonnantes figurées par Monsieur Tournesac sur son croquis.
II est surtout intéressant de remarquer que, comme à la Couture, la chapelle du chevet, qui avait sans doute remplacé une absidiole primitive, était plus profonde, de forme rectangulaire et à chevet droit: elle était dédiée à saint Laurent, l'un des patrons de l'abbaye. En définitive, nous sommes porté à croire que si la nef, et peut-être le chœur, étaient bien restés romans,
le transept et l'abside avaient,toujours comme à la Couture, subi au cours des siècles d'importants remaniements.
Pour l'intérieur malheureusement,on demeure réduit au croquis trop hypothétique de M.Tournesac*La tour, au-dessus de la façade, semble, su la vue de 1695, couronnée d'une sorte de hourd: sa toiture, sans aucun doute postérieure, était en forme de pavillon à deux épis, comme celles de l'église Saint-Pierre-Ia-Cour et de la Porte de la Cigogne.
Sur la croisée du transept, s'élevait une flèche élancée en ardoises, que terminait une grosse houle dans l'intérieur de laquelle on trouva en 1766, lors de la réfection du campanile, un cœur plombé contenant des reliques et une médaille d'argent portant sur une face l'image du Christ, sur l'autre celle de l'Agnus Dei Abbé de Saint- Vincent en 1477, le futur cardinal Philippe de Luxembourg tint à honneur,
jusqu'à sa mort en 1519, de montrer, en même temps que ses goûts artistiques,
son profond attachement à l'abbaye par des dons d'objets d'art d'une grande valeur.
Aucune de ces constructions n'a subsisté et on n'en connaît pas les architectes.
Deux noms, cependant, peuvent être évoqués avec bien de la vraisemblance: le nom de Simon Hayeneufve, le célèbre architecte du Mans, précurseur de la Renaissance, constructeur présumé de la curieuse chapelle de l'ancien évêché, et le nom d'un moine de la Trinité de Vendôme, le P. Gilles de Jarnay.
Grand ami du cardinal de Luxembourg et de l'abbaye de Saint- Vincent, ou il se retira en 1528 et où il mourut le 15 juillet 1546 à l'âge de 96 ans, Simon Hayeneufve serait tout indiqué comme l'architecte des travaux de Saint-Vincent, s'il n'était rentré d'Italie au Mans que longtemps après la prise de possession de l'abbaye par Philippe de Luxembourg.
Le Mémoires manuscrits de Duchemin de la Chênaie, conservés à la bibliothèque de Vendôme, attribuent, au contraire, expressément au P.Gille de Jarnay « des plans pour Saint- Vincent du Mans. Or, cette indication ne paraît pas avoir été assez remarquée. Humble artiste, n'ayant en vue que la gloire de Dieu, le p, Gilles de Jarnay a été longtemps oublié, et il n'a été mis en relief que par des comptes des archives de l'abbaye de la Trinité.
S'il n’est pas, comme on l'a cru d’abord,
l'auteur du magnifique portail de l'église de cette abbaye, on lui doit de nombreux travaux et il semble bien avoir participé à la construction des charmants cloîtres rebâtis en 1492 avec les libéralités de Marie de Luxembourg.
Philippe de Luxembourg ayant entretenu de fréquents rapports ave l'abbaye de la Trinité de Vendôme, y ayant assisté notamment, le 16 mai 1492, à la translation solennelle des reliques de saint Eutrope, a certainement connu le P. Gilles de Jarnay et apprécié son mérite.